Je m'étais effondrée sur le matelas humide, des souffles saccadés s'évadaient d'entre mes lèvres submergées de sueur ; j'étais morte. Ou presque. A vrai dire dans mon état actuel, je n'arrivais à trancher entre le fait d'être morte de plaisir, ou d'être morte tout court. Dans tous les cas, j'allais bientôt l'être si monsieur se permettait de me chevaucher une troisième fois. Retenant une plainte, je m'accrochais dorénavant à l'espoir qu'il ait vidé l'intégralité de son compte en banque, et qu'il puisse m'achever dans un futur meilleur (et si possible fort lointain). Après l'écoulement de quelques minutes, ma respiration rejoignait le silence qui s'était réinstallé dans la pièce, lorsque nos ébats sonnèrent la fin de l'acte. Je redressais mon buste sans plus attendre, m'emparant d'un élastique posé sur la table de chevet pour attacher mes cheveux bataillés en une queue de cheval élevée. J'attrapais à l'arrache mon soutien-gorge vulgairement jeté sur le parquet lorsque les tentations étaient là, et l'enfila sans trop d'élégance non plus ; soit, je n'étais pas du genre à me faire désirer et c'était très bien ainsi. Restait le détail ultime : la culotte. Mes yeux virevoltaient de toute part pour dénicher ce qui représentait toute ma fierté (si j'en avais encore après ce que je venais de faire). Je tentais le tout pour le tout en appliquant des exercices d'acrobaties, m'abaissant au niveau du plancher pour scruter les environs de sous le lit. Résultat fracassant, je ne réussis qu'à me cogner tête première sur le sommier en attendant une voix forte agréable, mais pas des meilleures.
« C'est çà que tu cherches? »
Sous le choc brutal crânien je réalisai une chute des plus remarquables, me retrouvant avachie sur le parquet, agrippée à une liasse de draps couvrant mon intimité et dont le front avait été scotché d'une étiquette représentant la chose : "idiote pudique complètement stupide". La créature qui était l'auteur de ses mots avait émergé de sous la couette, aisément accoudé sur son oreiller avec le fameux trophée suspendu à son index. Il pouvait être fier. Je tendais la main adroitement vers le fruit de toutes mes convoitises.
« Donne-la moi, défiais-je d'une voix qui se voulait dominatrice. Tu sais très bien que nous avons un temps très limité. Une erreur et nous sommes bons pour le pensionnat.
- Il nous reste encore deux petites minutes, miaula-t-il en faisant tournoyer le fin tissu. On devrait en profiter pour éviter tout regret.
- Ou se contenter d'en récolter quelques uns pour protéger nos arrières, sifflais-je. Trêve de bavardage, rends-la-moi. »
Un clin d'oeil provocateur en guise de riposte face à ma mine furibonde. Ne pas se mentir à soi-même en pensant vaincre la bête : fort bien bâtie, taille olympienne digne d'un dieu grec bien qu'à l'aube de ses dix-neuf ans, bruni d'une crinière noir chocolat trônant des iris charbonneux, et au sourire fort gouteux. Il était évident que je n'étais qu'un insecte dépassant le ridicule face à çà ; moi, la petite dévote, un peu trop grande, un peu trop blafarde, un peu trop maigrichonne et surement un peu trop passe-partout.
« Viens chercher, délecta-t-il de sa bouche sanguinaire. »
Suite?