_ Ce n'est pas comme ça que tu réussiras à m'échapper.
Je somnolais déjà. Une main se faufila entre des cheveux farouches, des paupières se déclarèrent paresseuses, la vue devint brumeuse, la bouche pâteuse, et le dos se creusait. Je ravalais malgré moi un soupire, sachant à quoi j'allais devoir m'attendre. Les yeux perçants du prédateur, presque sans vie, mais non pas pour autant désagréables, avaient cette quête de domination, cherchant à me retirer tout égo qui me restait pour lui résister. Je gigotais sur mon tabouret titubant, allongeant mon bras sur la table pour que mon menton s'y dépose, molasse, tandis que je laissais transparaître une fière allusion de mépris : il m'ennuyait, profondément.
_ Quand cesseras-tu de ressasser, encore et encore?
_ Oh mais tu sais, je ne fais qu'adopter tes habitudes quotidiennes, protesta-t-il d'un rictus mielleux. Après tout, l'on sait tous qui a le plus d'avidité malsaine dans le quartier.
_ Mais que vois-je? ricanais-je, relevant mon buste avec adresse. Le gigolo s'apprêterait-il à se rabaisser à de la provocation masculine... grotesque?
_ Pittoresque, rectifia-t-il, se caressant les lèvres du bout des doigts.
Tant qu'à faire, pensais je en haussant les épaules mollement ; il aurait forcément, et inévitablement, le dernier mot qui ferait basculer le trône de son côté. Mais j'étais fatiguée, de tout çà. Je l'avouais, je me l'avouais ; il était ma faiblesse. Et je ne pouvais m'en séparer, quoi que ma dignité y fasse. Son regard, à l'envergure de la cruauté, ne m'effrayait plus. Je m'y étais habituée, presque avec adulation, mais sans me résigner à mon honneur, car je devais le combattre... avec la certitude de finir perdante. Il était trop tard pour que je puisse m'éclipser de sa force spirituelle dévastatrice.
J'opinais donc de la tête, essayant de le convaincre de mon impartialité, en maintenant notre échange visuel qui se faisait encore plus gourmand que je ne l'aurais imaginé. Les tensions se ressérèrent lorsqu'il émit un rire déferlant, agréable à mes oreilles, mais qui, j'en étais malheureusement bien consciente, échappait à l'humain. Un rire affamé. Affamé de je ne sais quoi, mais qui en voulait beaucoup trop.
_ Cessons ce duel, inéquitable depuis le commencement, susurra-t-il d'une voix chaude. Cessons cette torture.
La distance de nos deux corps combattants s'évapora, ne laissant que quelques misérables centimètres entre nos deux masques. Je ne cèderais pas, proclamais-je intérieurement, piquant du nez et détournant le menton. Deux mains robustes s'en emparèrent, rapprochant avec vigueur mon visage au sien, s'obstinant à répondre à mes gestes résistants, paralysant tous mes membres impuissants. Imprudence ou convoitise refoulée, je m'étais inclinée d'avance à son exploit, à ce qui m'achèverait. Le silence qu'il suspendait avec plaisir, bourdonnait autour de mes tympans, m'emportant petit à petit dans la défaillance... lorsqu'un grincement de porte résonna parmi nos désirs éteints. Nous nous retournâmes avec peur; soulagement pour ma part, haine en ce qui le concernait. Le moment fatidique était repoussé, à mes plus grands espoirs.
_ Naruto, ramène-toi, grommela l'adolescent aux yeux noirs corbeaux. J'ai besoin de tes cours de philo'.
L'assoiffé s'autorisa une dernière écoute de mon souffle saccadé, poignardant une ultime fois mes iris des siens, pour finalement rompre sa malédiction, se dirigeant vers la sortie d'une démarche posée, laissant traîner derrière lui le fin clappement de ses souliers. Je me croyais délivrée, mais le son de sa voix, presque hautain, m'étouffa de nouveau.
_ En espérant que demain ne sera pas fruit d'interruptions, Hinata, conclut-il d'un timbre malicieux.
Sans me retourner, j'attendis avec droiture que la porte se referme, pour m'affaler sur ma chaise avec soulagement. Une main essuya avec honte la sueur déposée sur ma bouche tremblante, des paupières se levèrent, pour me donner la vue d'un plafond démuni de tout, des papillons s'estompèrent doucement de mes entrailles. Un grand vide m'était offert, nostalgique d'une éternité endiablée, magnifique. Seule, dans cette bibliothèque à l'atmosphère fade, je sentais ma faiblesse renaître de ses cendres, ma passion s'envolant avec lui. J'avais perdu.
Je somnolais déjà. Une main se faufila entre des cheveux farouches, des paupières se déclarèrent paresseuses, la vue devint brumeuse, la bouche pâteuse, et le dos se creusait. Je ravalais malgré moi un soupire, sachant à quoi j'allais devoir m'attendre. Les yeux perçants du prédateur, presque sans vie, mais non pas pour autant désagréables, avaient cette quête de domination, cherchant à me retirer tout égo qui me restait pour lui résister. Je gigotais sur mon tabouret titubant, allongeant mon bras sur la table pour que mon menton s'y dépose, molasse, tandis que je laissais transparaître une fière allusion de mépris : il m'ennuyait, profondément.
_ Quand cesseras-tu de ressasser, encore et encore?
_ Oh mais tu sais, je ne fais qu'adopter tes habitudes quotidiennes, protesta-t-il d'un rictus mielleux. Après tout, l'on sait tous qui a le plus d'avidité malsaine dans le quartier.
_ Mais que vois-je? ricanais-je, relevant mon buste avec adresse. Le gigolo s'apprêterait-il à se rabaisser à de la provocation masculine... grotesque?
_ Pittoresque, rectifia-t-il, se caressant les lèvres du bout des doigts.
Tant qu'à faire, pensais je en haussant les épaules mollement ; il aurait forcément, et inévitablement, le dernier mot qui ferait basculer le trône de son côté. Mais j'étais fatiguée, de tout çà. Je l'avouais, je me l'avouais ; il était ma faiblesse. Et je ne pouvais m'en séparer, quoi que ma dignité y fasse. Son regard, à l'envergure de la cruauté, ne m'effrayait plus. Je m'y étais habituée, presque avec adulation, mais sans me résigner à mon honneur, car je devais le combattre... avec la certitude de finir perdante. Il était trop tard pour que je puisse m'éclipser de sa force spirituelle dévastatrice.
J'opinais donc de la tête, essayant de le convaincre de mon impartialité, en maintenant notre échange visuel qui se faisait encore plus gourmand que je ne l'aurais imaginé. Les tensions se ressérèrent lorsqu'il émit un rire déferlant, agréable à mes oreilles, mais qui, j'en étais malheureusement bien consciente, échappait à l'humain. Un rire affamé. Affamé de je ne sais quoi, mais qui en voulait beaucoup trop.
_ Cessons ce duel, inéquitable depuis le commencement, susurra-t-il d'une voix chaude. Cessons cette torture.
La distance de nos deux corps combattants s'évapora, ne laissant que quelques misérables centimètres entre nos deux masques. Je ne cèderais pas, proclamais-je intérieurement, piquant du nez et détournant le menton. Deux mains robustes s'en emparèrent, rapprochant avec vigueur mon visage au sien, s'obstinant à répondre à mes gestes résistants, paralysant tous mes membres impuissants. Imprudence ou convoitise refoulée, je m'étais inclinée d'avance à son exploit, à ce qui m'achèverait. Le silence qu'il suspendait avec plaisir, bourdonnait autour de mes tympans, m'emportant petit à petit dans la défaillance... lorsqu'un grincement de porte résonna parmi nos désirs éteints. Nous nous retournâmes avec peur; soulagement pour ma part, haine en ce qui le concernait. Le moment fatidique était repoussé, à mes plus grands espoirs.
_ Naruto, ramène-toi, grommela l'adolescent aux yeux noirs corbeaux. J'ai besoin de tes cours de philo'.
L'assoiffé s'autorisa une dernière écoute de mon souffle saccadé, poignardant une ultime fois mes iris des siens, pour finalement rompre sa malédiction, se dirigeant vers la sortie d'une démarche posée, laissant traîner derrière lui le fin clappement de ses souliers. Je me croyais délivrée, mais le son de sa voix, presque hautain, m'étouffa de nouveau.
_ En espérant que demain ne sera pas fruit d'interruptions, Hinata, conclut-il d'un timbre malicieux.
Sans me retourner, j'attendis avec droiture que la porte se referme, pour m'affaler sur ma chaise avec soulagement. Une main essuya avec honte la sueur déposée sur ma bouche tremblante, des paupières se levèrent, pour me donner la vue d'un plafond démuni de tout, des papillons s'estompèrent doucement de mes entrailles. Un grand vide m'était offert, nostalgique d'une éternité endiablée, magnifique. Seule, dans cette bibliothèque à l'atmosphère fade, je sentais ma faiblesse renaître de ses cendres, ma passion s'envolant avec lui. J'avais perdu.